De la question de pourquoi je bassine autant avec tout ça

Pourquoi la question du traitement de la femme à l’écran est-elle aussi cruciale?

Premièrement, les images ont un pouvoir, exploité de tout temps, plus puissant qu’on ne peut le croire. Ainsi les publicités, les films, les séries, véhiculent plus qu’une simple image, mais aussi des idées, des conceptions, des stéréotypes qui existent dans notre société. Lorsque l’on regarde ces programmes, ils renforcent inconsciemment ces préjugés, sexistes notamment, chez le spectateur.

C’est l’objet de l’étude de monsieur Ferguson. en 2012 il réunit 150 étudiants à parité, auxquels il montre des séries télévisées mettant en scène des femmes faibles et impuissantes (Les Tudors, Les maîtres de l’horreur), puis des séries dans lesquelles les femmes sont fortes et caractérielles (Buffy contre les vampiresNew-York Unité spéciale). Puis il teste les sujets avec des questions telles que :  « Le leadership intellectuel d’une communauté devrait-il appartenir aux hommes? » ou encore, « Y-a-t-il des jobs pour lesquels les hommes devraient être plus volontiers promus que les femmes? »

En ressort que les hommes exposés aux séries mettant en scène des femmes faibles ont un avis plus négatifs et sexistes que ceux qui ont visionné des séries dont les héroïnes sont des femmes fortes. Il parle même de « l’effet Buffy ».

2008

« Mon étude montre bien que les rôles de femmes fortes permettent de réduire le sexisme chez les hommes et rendent les femmes plus confiantes du moins à court-terme. Les médias tels que la télévision et les séries peuvent avoir un impact important et tout le monde gagnerait à ce que cette étude soit prise en compte par les studios », insiste Christopher Ferguson.

 Allons plus loin : pourquoi les studios continuent-ils à caricaturer les femmes (mais aussi les gays, les noirs…) dans les séries?

Bien évidemment parce que l’audience aime les « femmes-objets ». Parce qu’elle y est habituée. C’est donc un peu le serpent qui se mord la queue… Mais en même temps, combien de jeunes adolescents ont regardé Melrose Place ou Beverly Hills (les deux générations d’ailleurs) pour les jolies actrices en tenue légère sur la plage ? Même combat pour Alerte à Malibu ou Drôles de Dames  à l’époque.

Selon les analyses de Laura Mulvey concernant le cinéma classique, et que l’on peut appliquer à la série télévisée, le plaisir principal que le cinéma offre aux spectateurs est le plaisir du regard. Mais seuls les spectateurs masculins jouissent de ce plaisir, en s’identifiant aux personnages masculins actifs, porteurs du regard sur les héroïnes passives. L’apparition d’une femme à l’écran, comme l’avait pressentit Anna Gunn, est une menace pour le spectateur. Cela serait lié à une angoisse psychologique, freudienne. Oui on va loin !

Ainsi, pour ne pas angoisser les hommes, on punit l’héroine, ou on en fait une femme-objet. Vous vous dites que c’est un peu exagéré, mais le fait est qu’on la retouche, la maquille à outrance (oui à outrance, personne ne se maquille aussi parfaitement dans la vraie vie, tous les jours, après une garde de 25 heures, que les héroines de Grey’s Anatomy, par exemple.)

2009

Puis comme l’avait pointé Diglee dans cet article édifiant, on l’habille de façon totalement « réaliste » : en maillot de bain ou en robe, tout le temps, tous les jours.

Et tout ça, comme un exemple positif influence les jeunes filles, un exemple irréaliste les influence également. Et leur fait miroiter des normes inatteignables, qui les dévalorise… On peut pour cela se rapporter aux standards de poids, par exemple.

Car en effet un plan et trois positions du corps sont associés uniquement aux personnages féminins, il s’agit d’un plan américain (le personnage est cadré à mi-cuisse).

Position 1 : L’héroïne est debout, les bras posés sur les hanches. Cette position met en valeur la taille fine, la silhouette et la poitrine.

Position 2 : Il s’agit d’un plan rapproché de l’héroïne, les bras levés autour du visage, ce qui a pour effet d’encadrer le visage et de soulever la poitrine.

Position 3 : Il s’agit d’une position couchée sur le côté, les jambes légèrement pliées. Cette position met en valeur les jambes de l’héroïne. Elle invite également à la sexualité, puisque la femme est couchée sur un fauteuil, sur un lit ou par terre. Elle semble offerte au spectateur.

En outre, une quatrième position est spécifique aux séries, elle présente les femmes les bras croisés sous la poitrine. Cette posture a pour effet de leur faire bomber le torse, ce qui rehausse les seins et les met en évidence. La plupart des personnages féminins des séries sont donc non seulement fétichisés par les plans et positions repérés dans l’ensemble des programmes, mais aussi par des plans mettant en valeur leur poitrine. Je ne pense pas qu’on en fasse autant pour les hommes, et même si c’est le cas parfois, ce n’est clairement pas aussi systématique.

Voilà le joli fonctionnement des studios pendant un certain temps… Mais comme le dit Maureen Ryan, la télévision (américaine en particulier) est aujourd’hui encore faite par des hommes blancs d’un certain âge, qui font de la télévision pour des hommes blancs.

Ou bien est-ce encore simplement une question d’argent : nous allons au cinéma à deux. Souvent en couple. Les couples sont encore pour la majorité hétérosexuels. Vous imaginez trainer votre mec voir une comédie romantique dans laquelle le personne principal est une femme ? Moyennement. Donc le consensus se fait sur un film qui convient aux deux sexes. Celui-ci sera un film dans lequel le personnage féminin n’est pas trop présent, un film d’action ?

C’est là que sont importantes à mes yeux les séries télévisées,  que l’on peut regarder chacun où on le veut et quand on le veut, (avec ou sans son mec.)  On pourrait se dire qu’il s’agit d’un média qui aura à l’avenir la possibilité de redonner à la femme sa place réelle, et non pas déformée comme on a pu le voir dans Dallas, ou autres. D’ailleurs, le secteur essaye tant bien que mal !

Edie Falco a montré pendant 8 saisons que l’on peut incarner un personnage féminin complexe dans Nurse Jackie. Parks and Recreation fait aussi la part belle aux femmes bizarres, différentes et surtout très drôles. Orange is the New Black, est une merveille d’originalité. Ayant lieu dans une prison pour femmes, elle souligne avec finesse les différents caractères des détenues, sans tomber dans le cliché de la brutalité ou céder aux fantasmes que l’on peut associer à un tel lieu. Olivia Pope est puissante, indépendante, et Noire dans Scandal, Temperance Brennan mène tout le monde à la baguette dans Bones, Patty Hewes est machiavelique mais surtout celle qui le centre du monde dans Damages, Olivia Benson dans New York Unité spéciale n’a rien à leur enlever, et le duo Rizzoli and Isles est efficace. Olivia Dunham dans Fringe est encore un exemple à ajouter à la liste des séries qui font avancer petit à petit l’image de la femme.

20013

Je crois qu’on a compris : le traitement de la femme déborde sur le réel, socialement sur les consciences, mais aussi avec le débat des salaires des protagonistes. Il y a certes de grandes évolutions, mais ce sont encore des combats à mener, peut être par le biais des séries et des films, grâce à leur impact sur l’imaginaire collectif?

Qui a réellement le pouvoir de changer tout ça ? Le problème on l’a vu prend racine dans tous les corps de métiers, touche à l’économie, à la psychologie, au commerce… Ainsi, je conclurais que nous avons tous notre mot à dire, que l’on soit acteur, agent, réalisateur, ou juste public. Comme pour toute cause, en consommant, on cautionne, et on encourage.

Ce genre d’initiative permet également de faire avancer le débat :

En suède, quelques cinémas on créé un test et une notation pour juger du sexisme des films, avec un label à la clé. Je vous présente le « test de Bechdel »… du nom de l’inventrice Alison Bechdel, une illustratrice américaine. Comme quoi, on peut chacun agir pour faire changer tout ça ?

 

3 critères sont retenus :

– le film comporte-t-il au moins deux personnages féminins ?

– Parlent-elles entre elles ?

– Parlent-elles d’autre chose que d’hommes ?

Vous pouvez tenter le test chez vous, peu de films le passent! Le seigneur des Anneaux, Harry Potter, Gravity, Avatar… échouent !

On vous laisse juger de l’utilité de la chose en elle-même, mais cette notation a le mérite de faire parler, encore une fois, des inégalités homme/femme, ce qui ne peut être totalement négatif.

Je vous recommande donc Jessica Jones qui casse les clichés et m’a beaucoup plu (avant même que je me rende compte qu’elle était autant porteuse de bonnes valeurs). Netflix et Marvel, forcément ça fait des étincelles ! Avec une actrice de Breaking Bad que j’avais beaucoup aimé à l’époque, qui est passée par l’hilarante Don’t Trust the Bitch in the Appartement 23, ça ne gâche rien.

200

Allez faire un tour sur la page de cette blogueuse qui choisit ses programmes selon les critères qui font avancer la situation, par exemple.

Ou encourageons les enfants à voir des dessins animés dans lesquelles la donzelle n’est pas en danger, ou n’est pas systématiquement en position d’être sauvée ? Comme par exemple Rebelle ? Revoyons Tomb Raider ? Re-apprécions Hunger Games ?

Et si vous voulez aller encore plus loin, Le Cinéma est Politique le fait très bien.

 

Et si vous estimez que je vais beaucoup trop loin, voici les contre-arguments de cette jeune fille, qui vous expliquera sa vision des choses bien mieux que moi.

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